À l’occasion du centenaire de la naissance de Frédéric Dard, Fleuves Editions a décidé de créer un concours, récompensé par le Prix San-Antonio : https://www.prixsanantonio.universpoche.fr/concours/prix-san-antonio
L’occasion de se pencher sur cette série phénomène de la littérature policière :175 ouvrages publiés entre 1949 et 2001 (soit plus de 3 par an !) dont les couverture mythiques ont suivi l’air du temps.

Particularité des San-Antonio

Frédéric Dard s’est illustré par l’emploi d’un vocabulaire fleuri de son cru. Il a créé une véritable signature en inventant des milliers de mots (le dictionnaire San-Antonio existe et je vous le conseille). En conséquent, il passe sous le radar de mon analyse sur le critère « mots grossiers ». Ma liste de 130 mots grossiers ne vaut pas tripette face à ses expressions faites maison : beurrer la coquelle, brandonner du calbar, éjaculance et autres figouses. Ce biais baisse la note d’oralité, mais c’est le jeu ! Dans le texte, il y a effectivement peu de mots grossiers, même si la thématique globale reste pas mal en dessous de la ceinture (le célèbre humour grivois).

Évolution du style

Passons quatre romans écrits à différents époques sous notre analyse aux rayons X.

Il est intéressant de constater que le style évolue avec le temps. L’écriture est moins « facile » (suivant les critères de mon algorithme, c’est à dire moins de mots banals, d’expressions toutes faites, d’adverbes). Les autres critères restent étonnamment  stables, même si l’oralité a varié sur quelques romans.

Signalons toutefois deux baisses notables au fil du temps : le taux d’expressions communes (« blanc comme neige ») et l’usage des points-virgules (le sacrifié de la littérature contemporaine).

Comparaison avec des « classiques » du policier


Comparons San-Antonio de 1953 avec deux classiques : Georges Simenon (et son célèbre inspecteur Maigret) et Maurice Leblanc (et son tout aussi fameux Arsène Lupin). Il est amusant de constater 3 styles radicalement différents.
Maurice Leblanc a le style le plus « littéraire » des trois. Simenon, un texte plus travaillé mais davantage porté sur les dialogues. San-Antonio, un style plus grand public. Encore une fois, la comparaison est purement analytique et ne compare pas la richesse du vocabulaire, l’inventivité du style ou le suspens de l’intrigue.

Comparaison avec des auteurs contemporains

Intéressant de comparer que le rythme d’un policier est visiblement une constante (avec une moyenne de mots par phrase autour de 10, ce qui est un rythme rapide, là où Proust est à 33 et Helen Fielding à 7).
Ensuite, les deux critères facilité et oralité (nombre de dialogues, taux de !, ?, … et mots vulgaires) sont vraiment différents d’un auteur à l’autre. Autant de styles que d’auteurs, c’est une bonne nouvelle pour la littérature policière qui n’est pas cantonnée dans un style imposé.

Conclusion

Il n’y en a pas 🙂 Cette analyse aux rayons X de San-Antonio montre seulement que l’on peut écrire des romans policiers avec des styles vraiment différents. Sans doute parce que le suspens, l’ambiance et l’intrigue ne se résume pas à une histoire de style. Mais ça, on le savait déjà pour notre plus grand plaisir !
Je suis par contre curieux de voir le lauréat de ce prix : est-ce que le texte sélectionné aura le même « profil » qu’un San-Antonio ? Est-ce que le jury va être influencé (inconsciemment ou consciemment) par la similitude du style ? Ou alors ne vont-ils que s’intéresser au fond ? à l’inventivité du vocabulaire ? Réponse à l’automne.

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