Les Embrouillaminis à La Grande Librairie

Le mercredi 2 juin, j’ai eu le plaisir de parler des Embrouillaminis à La Grande Libraire sur France5 (émission animée par François Busnel). Avec moi sur le plateau, Laëtitia Colombani (Le Cerf Volant), Jean-Baptiste Andréa (Des diables et des saints) et Valérie Perrin (Trois). J’ai pu découvrir les coulisses de cette émission en direct ; une expérience très instructive et passionnante ! (à discuter de vive voix, hein ? ;-))

L’auteur maquillé et son éditeur ravi (David Meulemans)
La porte de la loge, mais quel stress ! 🙂

Runes de structures (2)

Nouvelle version, avec Les Embrouillaminis à jour 🙂

Ces runes représentent la structure narrative de mes romans. Par exemple dans la Variante chilienne, l’histoire centrale de Florin, Pascal et Margaux est ponctuée de souvenirs, comme « des arêtes de poisson ». La rune de la Baleine Thébaïde montre 3 récits de l’aventure sur l’Hirundo racontés par les 3 protagonistes (Richeville, Eduardo et Dmitri)(avec en blanc les ellipses temporelles), puis la convergence de l’histoire dans la seconde partie du roman où l’on retrouve nos 3 héros.

Le dernier né, Les embrouillaminis, est une structure non linéaire, où le lecteur choisit sa propre histoire grâce à des choix en fin de chaque chapitre.

Réfléchir à une nouvelle structure pour chaque nouveau roman fait partir du plaisir d’écrire et d’inventer, à chaque fois, de nouvelles façons de raconter des histoires 🙂

Les embrouillaminis

J’aime beaucoup les Embrouillaminis. C’est un sujet qui me taraude depuis des années : que deviennent toutes les histoires, ces variantes avortées qui ne terminent pas dans un roman ? C’est injuste car certaines sont méritoires. Pourquoi n’ont-elles pas la chance d’être lues ? Pourquoi le lecteur doit se limiter à la lecture de la seule histoire survivante ? Qui nous dit que l’auteur a fait le bon choix ? Et si une lectrice avait préféré une autre fin ?
José-Luis Borges parlait d’une bibliothèque infinie dans laquelle se trouveraient toutes les histoires du monde. Ici, je vous propose un roman labyrinthique où Lorenzo quitte sa chère vallée de Chantebrie pour découvrir le vaste monde. Ou pas.
Sortie Aux Forges de Vulcain le 21 mai 2021.

David Meulemans, Maître Forgeron, à côté de votre serviteur, devant l’entrée de l’ancien château du Bien-Assis, demeure de Florin Perrier, beau-frère de Blaise Pascal. (Tiens, encore un Florin ;-)). À Clermont-Ferrand, donc.
Splendide couverture d’Elena Vieillard, graphiste talentueuse aux Forges.

Atelier d’écriture en lycée pro

J’ai fait deux ateliers d’écriture sur deux vendredis, au lycée professionnel Tony Garnier de Bron (69). Ce que j’aime dans cet exercice, c’est de montrer que tout le monde est capable d’écrire une histoire, car cela fait appel à notre imaginaire, outil universel. Les élèves de ces classes ne sont en général pas de gros lecteurs et ils arrivent avec méfiance. A partir d’une image, ils ont la journée pour imaginer et écrire une histoire, suivant un canevas en six étapes. Au début, ils tâtonnent, posent des questions scolaires : « ai-je le droit d’écrire ci ? d’inventer le nom d’une ville ? » et quand ils comprennent qu’il n’y a pas vraiment de règle, qu’ils n’ont qu’à laisser parler leur imagination, ils sont à fond…

Certains ont du mal à démarrer. Je leur dis « Regarde cette photo, ça te fait penser à quoi ? » Ils ont plein d’idées. OK. « Alors, comment raconterais-tu cette histoire à ton petit frère, ou ta petite soeur ?, là, comme ça, en parlant ? » Ils racontent, très à l’aise, leur histoire. « Et bien tu vois, tu n’as qu’à écrire ce que tu viens de dire, pour le style, on verra après ». Car ce qui compte, c’est l’histoire, leur projection, leur travail unique, leur création. Les textes sont forcément bons, originaux, amusants, parfois tristes ; on leur dit, et ces élèves, qui n’ont malheureusement pas toujours été encensés dans leurs études apprécient ces compliments mérités. Ils prennent confiance en eux, certains rédigent six, sept pages. D’autres ne prennent pas leur récré, une souhaite lire son texte à toute la classe. Un autre, très fier, demande que son prof relise chaque nouveau paragraphe.

À un moment, c’est le calme absolu. Une douzaine de gamins écrivent en silence au CDI. Je n’entends que le cliquetis des claviers. Nous nous regardons avec Gaëlle, la prof de Français et Laurence, la documentaliste. Je lance à la cantonade « vous êtes toujours aussi sage ? Mais de quoi se plaignent vos professeurs ? » Aussitôt, c’est un déclenchement de rires. « Ouais, M’sieur, on est toujours aussi tranquilles ! », « Non, M’sieur, mais là on kiffe notre texte… ».

Merci à Laurence L. et à Gaelle C. pour avoir pensé à ce projet et pour l’avoir mené jusqu’au bout, malgré les difficultés actuelles. Le genre de journée qui fait grandir tout le monde.

Le cas Musso

La signature d’un auteur ?

La version 6 de mon logiciel analyse désormais 21 critères différents. Dans les articles précédents, je pensais pouvoir trouver la signature d’un auteur grâce à une combinaison linéaire de ces critères (une sorte de « hash » ou clé unique identifiant l’auteur d’un texte – à l’image d’une reconnaissance faciale qui, à partir de certains points, en déduit l’identité d’une personne). Malheureusement, cela est plus complexe que prévu.

Pour m’aider, je me suis servi d’un logiciel d’analyse statistique : Orange Data Mining (Université de Ljubljana). Il me calcule, pour l’oeuvre d’un auteur (= plusieurs romans), les critères qui ont le plus fort taux de corrélation entre eux (avec leur R respectifs : plus R est proche de 1 (ou -1) et plus les critères sont corrélés).
Rappel : en probabilités et en statistique, la corrélation entre plusieurs variables aléatoires ou statistiques est une notion de liaison qui contredit leur indépendance. Par exemple, le poids d’un livre est corrélé au nombre de pages (R>0.9). Par contre, le nombre de pages d’un livre est très faiblement corrélé au nombre de lettres du titre (R<0.01)

Initialement, je m’attendais à trouver les mêmes corrélations évidentes entre auteurs, par exemple le taux de virgules d’un texte devrait être fortement corrélé à la longueur des phrases. Mais non. Pour chaque auteur, les plus fortes corrélations sont différentes.
Pour mes romans, le plus fort coefficient de corrélation est entre le taux de mots communs et le taux de verbe au passé simple (R=-0.94).

Pour Amélie Nothomb, c’est le taux de point-virgule qui est inversement proportionnel au taux d’expressions communes (R=0.88)

Enfin, pour San Antonio, c’est le taux de parenthèses (pour 10 000 signes) qui est corrélé (R=-0.94) au taux de mots communs.

Pourquoi les auteurs ne partagent-ils pas ces duos de critères fortement corrélés ? (R>0.9). Représentent-ils la signature d’une œuvre ?

Creusons du côté des clusters

Le logiciel Orange Data Mining permet de classifier les romans dans des clusters (k-means clustering algorithm). Il propose un nombre de clusters optimal et regroupe les textes similaires dans ces « clusters ».

Par exemple, le logiciel différencie mes romans publiés chez Alma, celui publié chez Stock et mes 2 romans de genre (érotique et polar, non publiés) : soit 4 clusters qui correspondent effectivement à des styles bien différents (et je suis tout à fait à l’aise avec cette classification). Le diagramme précédent avec les clusters colorés devient :

 

Le cas Musso

Prenons les 13 romans de Guillaume Musso publiés entre 2001 et 2019. Sa «signature» est la corrélation négative (R=-0,91) entre le taux de points d’exclamation et le taux de pronoms relatifs et interrogatifs. Cela est assez logique : les points d’exclamation sont utilisés lorsque l’auteur a recours au dialogue, notamment pour montrer une émotion. Plus la phrase sera concise, plus l’émotion à faire passer sera ressentie par le lecteur. (« Tu ne me l’as jamais dit ! » vs « Tu ne me l’as jamais dit » cria la jeune femme qui tremblait sous l’effet de cette subite annonce ».
A l’opposé, les pronoms relatifs introduisent ce qu’on appelle « des phrases complexes », donc par essence plus longues.
Les 5 clusters trouvés par le logiciel correspondent à des regroupements d’années consécutives :
C1: 2001,
C2: 2004, 2005, 2006,
C3: 2008,
C4: 2011,2012,2013,2014,
C5: 2015,2016,2018,2019

Comme si l’auteur, changeait périodiquement quelque chose de suffisamment conséquent dans sa façon d’écrire pour que le logiciel s’en aperçoive.

Il n’est pas étonnant d’avoir plusieurs clusters pour un auteur (comme dans mon cas pour les maisons d’éditions ou les genres) mais ce qui est remarquable ici est la parfaite cohérence chronologique (alors que l’auteur revendique un même style/genre et la même maison d’édition depuis son deuxième roman).

Son premier roman « Skidamarink » a un style différent, comme le montre le cluster dédié. Par contre, il est positionné tout près des œuvres 2018 et 2019. (L’auteur semble avoir progressivement « descendu » cette droite de régression dès 2001 pour la remonter à partir de 2013).

Coïncidence à cette proximité, en octobre 2020, sa maison d’édition décide de republier ce premier roman. Et si cette courbe montrait que c’était finalement l’année où il fallait le faire, dans la « parfaite continuité statistique » des 2 précédents ?

 

 

Si vous avez aimé cet article:
Analyse de romans
Les liaisons dangereuses aux rayons X
Le cas San-Antonio

 

Le cas San-Antonio

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À l’occasion du centenaire de la naissance de Frédéric Dard, Fleuves Editions a décidé de créer un concours, récompensé par le Prix San-Antonio : https://www.prixsanantonio.universpoche.fr/concours/prix-san-antonio
L’occasion de se pencher sur cette série phénomène de la littérature policière :175 ouvrages publiés entre 1949 et 2001 (soit plus de 3 par an !) dont les couverture mythiques ont suivi l’air du temps.

Particularité des San-Antonio

Frédéric Dard s’est illustré par l’emploi d’un vocabulaire fleuri de son cru. Il a créé une véritable signature en inventant des milliers de mots (le dictionnaire San-Antonio existe et je vous le conseille). En conséquent, il passe sous le radar de mon analyse sur le critère « mots grossiers ». Ma liste de 130 mots grossiers ne vaut pas tripette face à ses expressions faites maison : beurrer la coquelle, brandonner du calbar, éjaculance et autres figouses. Ce biais baisse la note d’oralité, mais c’est le jeu ! Dans le texte, il y a effectivement peu de mots grossiers, même si la thématique globale reste pas mal en dessous de la ceinture (le célèbre humour grivois).

Évolution du style

Passons quatre romans écrits à différents époques sous notre analyse aux rayons X.

Il est intéressant de constater que le style évolue avec le temps. L’écriture est moins « facile » (suivant les critères de mon algorithme, c’est à dire moins de mots banals, d’expressions toutes faites, d’adverbes). Les autres critères restent étonnamment  stables, même si l’oralité a varié sur quelques romans.

Signalons toutefois deux baisses notables au fil du temps : le taux d’expressions communes (« blanc comme neige ») et l’usage des points-virgules (le sacrifié de la littérature contemporaine).

Comparaison avec des « classiques » du policier


Comparons San-Antonio de 1953 avec deux classiques : Georges Simenon (et son célèbre inspecteur Maigret) et Maurice Leblanc (et son tout aussi fameux Arsène Lupin). Il est amusant de constater 3 styles radicalement différents.
Maurice Leblanc a le style le plus « littéraire » des trois. Simenon, un texte plus travaillé mais davantage porté sur les dialogues. San-Antonio, un style plus grand public. Encore une fois, la comparaison est purement analytique et ne compare pas la richesse du vocabulaire, l’inventivité du style ou le suspens de l’intrigue.

Comparaison avec des auteurs contemporains

Intéressant de comparer que le rythme d’un policier est visiblement une constante (avec une moyenne de mots par phrase autour de 10, ce qui est un rythme rapide, là où Proust est à 33 et Helen Fielding à 7).
Ensuite, les deux critères facilité et oralité (nombre de dialogues, taux de !, ?, … et mots vulgaires) sont vraiment différents d’un auteur à l’autre. Autant de styles que d’auteurs, c’est une bonne nouvelle pour la littérature policière qui n’est pas cantonnée dans un style imposé.

Conclusion

Il n’y en a pas 🙂 Cette analyse aux rayons X de San-Antonio montre seulement que l’on peut écrire des romans policiers avec des styles vraiment différents. Sans doute parce que le suspens, l’ambiance et l’intrigue ne se résume pas à une histoire de style. Mais ça, on le savait déjà pour notre plus grand plaisir !
Je suis par contre curieux de voir le lauréat de ce prix : est-ce que le texte sélectionné aura le même « profil » qu’un San-Antonio ? Est-ce que le jury va être influencé (inconsciemment ou consciemment) par la similitude du style ? Ou alors ne vont-ils que s’intéresser au fond ? à l’inventivité du vocabulaire ? Réponse à l’automne.

A lire aussi

L’article qui explique le fonctionnement de ce logiciel.
L’analyse des Liaisons dangereuses avec ce logiciel.
Le cas Musso